Le musée de peintures

Icono IDevice Chapitre 12: Le musée de peintures

Le musée de peintures
Aujourd’hui, je suis très content, parce que la maîtresse emmène toute la classe au
musée, pour voir des peintures. C’est drôlement amusant quand on sort tous
ensemble, comme ça. C’est dommage que la maîtresse, qui est pourtant gentille, ne
veuille pas le faire plus souvent.
Un car devait nous emmener de l’école au musée. Comme le car n’avait pas pu garer
devant l’école, nous avons dû traverser la rue. Alors, la maîtresse nous a dit: « Mettez-
vous en rangs par deux et donnez-vous la main ; et surtout, faites bien attention ! »
Moi, j’ai moins aimé ça, parce que j’étais à côté d’Alceste, mon ami qui est très gros
et qui mange tout le temps, et ce n’est pas très agréable de lui donner la main. J’aime
bien Alceste, mais il a toujours les mains grasses ou collantes, ça dépend ce qu’il
mange. Aujourd’hui, j’ai eu de la chance : il avait les mains sèches. « Qu’est-ce que tu
manges, Alceste? » je lui ai demandé. « Des biscuits secs », il m’a répondu, en
m’envoyant plein de miettes à la figure.
Devant, à côté de la maîtresse, il y avait Agnan C’est le premier de la classe et le
chouchou de la maîtresse. Nous, on ne l’aime pas trop, mais on ne tape pas beaucoup
dessus à cause de ses lunettes. « En avant, marche ! » a crié Agnan, et nous avons
commencé à traverser pendant qu’un agent de police arrêtait les autos pour nous
laisser passer.
Tout d’un coup, Alceste a lâché ma main et il a dit qu’il revenait tout de suite, qu’il
avait oublié des caramels en classe. Alceste a commencé à traverser dans l’autre sens,
au milieu des rangs, ce qui a fait un peu de désordre. « Où vas-tu, Alceste? a crié la
maîtresse ; reviens ici tout de suite ! » « Oui: où vas-tu, Alceste, a dit Agnan, reviens
ici tout de suite ! » Eudes, ça ne lui a pas plu, ce qu’avait dit Agnan. Eudes est très
fort et il aime bien donner des coups de poing sur le nez des gens. « De quoi te mêles
tu chouchou? Je vais te donner un coup de poing sur le nez », a dit Eudes en avançant
sur Agnan. Agnan s’est mis derrière la maîtresse et il a dit qu’on ne devait pas le
frapper, qu’il avait des lunettes. Alors Eudes, qui était dans les derniers rangs, parce
qu’il est très grand, a bousculé tout le monde; il voulait aller trouver Agnan, lui
enlever ses lunettes et lui donner un coup de poing sur le nez. « Eudes, retournez à
votre place ! » a crié la maîtresse. « C’est ça, Eudes, a dit Agnan, retournez à votre
place ! » « Je ne voudrais pas vous déranger, a dit l’agent de police, mais ça fait déjà
un petit moment que j’arrête la circulation ; alors, si vous avez l’intention de faire la
classe sur le passage clouté, il faut me le dire; moi, je ferai passer les autos par
l’école! » Nous, on aurait bien aimé voir ça, mais la maîtresse est devenue toute
rouge, et de la façon dont elle nous a dit de monter dans le car,
on a compris que ce n’était pas le moment de rigo1er. On a vite obéi.
Le car a démarré et, derrière, l’agent a fait signe aux autos qu’elles pouvaient passer,
et puis, on a entendu des coups de freins et des cris. C’était Alceste qui traversait la
rue en courant, avec son paquet de caramels à la main.
Finalement, Alceste est monté dans le car et nous avons pu partir pour de bon. Avant

de tourner le coin de la rue, j’ai vu l’agent de police qui jetait son bâton blanc par
terre, au milieu des autos accrochées.
Nous sommes entrés dans le musée, bien en rang, bien sages, parce qu’on l’aime bien
notre maîtresse, et nous avions remarqué qu’elle avait l’air très nerveuse, comme
Maman quand Papa laisse tomber la cendre de ses cigarettes sur le tapis. On est entrés
dans une grande salle, avec des tas et des tas de peintures accrochées aux murs.
«Vous allez voir ici des tableaux exécutés par les grands maîtres de l’école flamande
», a expliqué la maîtresse. Elle n’a pas pu continuer très longtemps, parce qu’un gar-
dien est arrivé en courant et en criant parce qu’Alceste avait passé le doigt sur un
tableau pour voir si la peinture était encore fraîche. Le gardien a dit qu’il ne fallait pas
toucher et il a commencé à discuter avec Alceste qui lui disait qu’on pouvait toucher
puisque c’était bien sec et qu’on ne risquait pas de se salir. La maîtresse a dit à
Alceste de se tenir tranquille et elle a promis au gardien de bien nous surveiller. Le
gardien est parti en remuant la tête.
Pendant que la maîtresse continuait à expliquer, nous avons fait des glissades; c’était
chouette parce que par terre c’était du carrelage et ça glissait bien.
On jouait tous, sauf la maîtresse qui nous tournait le dos et qui expliquait un tableau,
et Agnan, qui était à côté d’elle et qui écoutait en prenant des notes. Alceste ne jouait
pas non plus. Il était arrêté devant un petit tableau qui représentait des poissons, des
biftecks et des fruits. Alceste regardait le tableau en se passant la langue sur les lèvres.
Nous, on s’amusait bien et Eudes était formidable pour les glissades; il faisait presque
la longueur de la salle. Après les glissades, on a commencé une partie de saute-
mouton, mais on a dû s’arrêter parce qu’Agnan s’est retourné et il a dit:
« Regardez, mademoiselle, ils jouent ! » Eudes s’est fâché et il est allé trouver Agnan
qui avait enlevé ses lunettes pour les essuyer et qui ne l’a pas vu venir. Il n’a pas eu de
chance, Agnan: s’il n’avait pas enlevé ses lunettes, il ne l’aurait pas reçu, le coup de
poing sur le nez.
Le gardien est arrivé et il a demandé à la maîtresse si elle ne croyait pas qu’il valait
mieux que nous partions. La maîtresse a dit que oui, qu’elle en avait assez.
Nous allions donc sortir du musée quand Alceste s’est approché du gardien. Il avait
sous le bras le petit tableau qui lui avait tellement plu, avec les poissons, les biftecks
et les fruits, et il a dit qu’il voulait l’acheter. Il voulait savoir combien le gardien en
demandait.
Quand on est sortis du musée, Geoffroy a dit à la maîtresse que puisqu’elle aime les
peintures, elle pouvait venir chez lui, que son papa et sa maman en avaient une
chouette collection dont tout le monde parlait. La maîtresse s’est passé la main sur la
figure et elle a dit qu’elle ne voulait plus jamais voir un tableau de sa vie, qu’elle ne
voulait même pas qu’on lui parle de tableaux.
J’ai compris, alors, pourquoi la maîtresse n’avait pas l’air très contente de cette
journée passée au musée avec la classe. Au fond, elle n’aime pas les peintures.